Actualisation de la Loi de Programmation Militaire : ce que va changer la nouvelle « journée de mobilisation » pour l’armée
Publié par LCP le 11 avril 2026
La loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 prépare une évolution notable de la journée d’appel, obligatoire pour les jeunes de 16 à 25 ans. Celle-ci sera presque uniquement focalisée sur les aspects liés à la défense avec un objectif : faciliter les recrutements pour l’armée française.
Le gouvernement veut « recentrer » la journée d’appel sur « les fondamentaux« , à savoir « la connaissance des armées et de l’organisation de la défense nationale« . Mais aussi faciliter les recrutements pour l’armée française.
La loi d’actualisation de la programmation militaire pour les années 2024-2030, que le gouvernement espère voir adoptée avant le 14 juillet [2026], vise à « accélérer l’effort de réarmement » dans un contexte caractérisé par « la dégradation de l’environnement stratégique international ». Avec, en toile de fond, la « permanence » de la « menace russe », comme l’a rappelé jeudi [9 avril 2026] devant les députés le chef d’état-major des Armées, Fabien Mandon.
Fin de l’information sur la sécurité routière et sur l’égalité femme-homme
Outre la création d’un nouveau service national militaire et un renforcement de la réserve opérationnelle, le texte prévoit une réforme profonde de la « journée défense et citoyenneté », anciennement nommée journée d’appel de préparation à la défense (JAPD). Cette journée, qui doit être obligatoirement effectuée par les jeunes entre 16 et 25 ans, changera de nom si la loi est votée par le Parlement : elle deviendra la « journée de mobilisation » et de nouvelles missions lui seront assignées.
La loi modifie en effet le code du service national pour supprimer les mentions à la « sensibilisation à la sécurité routière » mais aussi celles liées aux informations qui doivent être délivrées « sur le don de sang (et) sur le don d’organes à fins de greffe », sur « la prévention des conduites à risque pour la santé » ou encore sur « l’égalité entre les femmes et les hommes ». Outre les sujets liés à la défense, seuls les « tests d’évaluation des apprentissages fondamentaux de la langue française » seront conservés.
Un questionnaire à remplir
« L’ancienne journée était un fourre-tout, à tout vouloir faire on finit par ne rien faire bien », commente auprès de LCP le député Jean-Louis Thiériot (Droite républicaine), qui est l’un des deux co-rapporteurs du texte avec Yannick Chenevard (apparenté Ensemble pour la République). L’élu ne doute pas de la nécessité de prodiguer aux jeunes les enseignements qui ont été supprimés, mais pas dans le cadre d’une journée qui tourne autour de la défense nationale : « On ne peut pas demander à une journée placée sous l’égide du ministère des Armées de faire cela. »
La journée de mobilisation sera donc principalement consacrée à :
- une sensibilisation aux activités militaires,
- une présentation de l’organisation et des principes généraux de la défense nationale,
- une présentation des possibilités d’engagement comme militaire d’active ou de réserve,
- une sensibilisation aux droits et devoirs liés à la citoyenneté.
Et, grande nouveauté, les jeunes présents devront remplir un questionnaire « destiné à apprécier leur disponibilité, leur motivation et leurs aptitudes pour servir au sein des forces armées et formations rattachées, en particulier en tant qu’appelé du service national ». « Mettre en avant le recrutement est une volonté assumée, il s’agit de dire ‘si ça vous intéresse, allez-y’ », explique Jean-Louis Thiériot.
« Tous les efforts de recrutement sont importants » , a d’ailleurs expliqué le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, qui était auditionné jeudi par les députés de la commission de la défense. « Je partage avec vous la préoccupation sur notre capacité à recruter à l’avenir », a expliqué le général, qui évoque notamment des problèmes liés à la démographie.
La journée de mobilisation permettra aussi de faire la publicité du nouveau service national militaire volontaire, qui doit accueillir 3000 jeunes à la rentrée 2026. Pour l’heure, environ 1800 jeunes ont répondu favorablement à l’appel mais le chef d’état-major des armées Fabien Mandon s’est dit « plutôt confiant » quant à la réalisation de cet objectif chiffré.
Un recensement plus poussé
Le texte renforce aussi les obligations liées au recensement, lui aussi obligatoire avant de participer à la journée d’appel. En premier lieu, les informations fournies dans ce cadre comporteront, si la loi est adoptée, une « déclaration des ‘compétences attestées’, susceptibles de présenter un intérêt pour la défense nationale ». Par ailleurs, la mise à jour des informations fournies lors du recensement sera obligatoire jusqu’à l’âge de 50 ans, contre 25 ans auparavant. Cette obligation ne concernera que les personnes n’ayant pas encore 25 ans au moment de l’entrée en vigueur de la loi.
« L’objectif est de garder le lien entre les citoyens et l’institution militaire », explique Jean-Louis Thiériot, qui ajoute que ces données permettront aux armées de contacter certains profils en cas de besoins spécifiques. Ce recensement permettra « dans le pire du pire d’éventuellement rappeler les gens », ajoute l’élu, qui précise que cette hypothèse est « extraordinairement théorique » : « On ne va pas envoyer au casse-pipe des gens qui n’ont pas été formés, nous ne sommes pas du tout dans une logique de levée en masse, en revanche on s’intéresse à ceux qui peuvent avoir un rôle à jouer », précise Jean-Louis Thiériot.


