Foi,  Homélie - Enseignement

Dieu, le prochain ou moi-même : qui dois-je aimer en priorité ?

Publié par Aleteia le 21 février 2025

Après Dieu, je dois aimer en priorité celui qui est le plus proche de moi parmi ceux qui participent à la béatitude. Et le plus proche de moi… c’est moi !

[…] Saint Thomas parle de l’ordre de l’amour dans la Somme de théologie lorsqu’il traite de la vertu théologale de charité : Dieu, le prochain ou moi-même : qui dois-je aimer en priorité ? Pour savoir qui je dois aimer de charité en priorité, il convient d’abord de bien comprendre ce qu’est la charité. Pour saint Thomas d’Aquin, la charité est une amitié avec Dieu. Comme dans toute amitié, il y a un bien commun sur lequel est fondée cette amitié. Par exemple, l’amitié qui lie des joueurs de football est fondée sur la passion du football. Ils partagent la passion du football. L’amitié de charité que j’ai avec Dieu est fondée sur la béatitude. Autrement dit, ce qui me lie à Dieu, c’est le bonheur. Parce que la béatitude vient de Dieu lui-même, il est le principe de la charité. C’est lui que je dois aimer par-dessus tout.

Je dois aimer Dieu plus que mon prochain. Si j’aime mon prochain de charité, c’est dans un second temps, comme par rebondissement, parce que lui aussi est un ami de Dieu et participe à la béatitude. Les amis de mes amis sont mes amis : les amis de Dieu sont mes amis. Je dois aussi aimer Dieu plus que moi-même. En réalité, toutes les créatures aiment naturellement Dieu plus qu’elles-mêmes. La grâce élève mon amour naturel pour Dieu, elle me fait l’aimer de charité plus que moi-même.

Qui dois-je aimer en priorité après Dieu ?

Qui dois-je aimer en priorité après Dieu : le prochain ou moi-même ? Après Dieu, je dois aimer en priorité celui qui est le plus proche de moi parmi ceux qui participent à la béatitude. Le plus proche de moi… c’est moi ! C’est donc moi que je dois aimer en second. Le dicton le dit bien : « Charité bien ordonnée commence par soi-même » (après Dieu bien sûr). 

J’aime ensuite mon prochain en tant qu’il participe aussi à la béatitude. L’amour que j’ai pour moi est comme le modèle de l’amour que je vais avoir pour lui : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39). Dans la charité, je m’aime d’une certaine manière sous le regard de Dieu ; c’est ainsi que j’aime aussi mon prochain.

Saint Thomas précise : ce qui en moi participe directement à la béatitude, c’est mon âme et non mon corps. Je dois donc aimer mon âme d’abord, puis le prochain, puis mon corps. Cela implique par exemple que je sois prêt à mourir (sacrifier mon corps) pour lui. C’est le propre de ceux qui possèdent une charité parfaite : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). En revanche, jamais je ne dois pêcher (sacrifier mon âme) pour mon prochain. Voici donc pour le moment l’ordre de la charité : Dieu, mon âme, le prochain, et enfin mon corps.

Quel prochain dois-je aimer en priorité ?

C’est la question qui vient naturellement ensuite. C’est là que les choses se compliquent. Aimer quelqu’un implique deux choses : avoir de l’affection pour lui et lui faire du bien. Certains prétendent qu’on peut dissocier les deux, explique saint Thomas, et que l’ordre de l’amour ne regarde que le bien qu’on doit faire aux autres. Selon eux, nous devrions avoir la même affection pour tous (proches, étrangers et même ennemis), mais faire du bien en priorité à nos proches. 

Cette position n’est pas tenable, car on ne peut pas dissocier les deux. On est naturellement porté à avoir plus d’affection envers ceux à qui on fait le plus de bien, et inversement. L’ordre de l’amour concerne les deux. Plus quelqu’un est proche de moi, plus j’aurai de l’affection pour lui et plus je vais tendre à lui faire du bien. Comme j’ai de l’affection pour moi-même, je vais avoir de l’affection pour ceux qui sont le plus unis à moi. 

Ainsi, je suis naturellement porté à avoir plus d’affection pour mes proches que pour les autres, même s’ils sont objectivement meilleurs (plus saints qu’eux). Aux meilleurs, je souhaite un bien plus grand (qu’ils participent davantage à la béatitude), mais je vais tendre de fait à faire du bien en priorité à mes proches. Parmi mes proches, je préfère naturellement ceux à qui je suis le plus uni. Cela commence par les membres de ma famille. Le lien du sang qui me lie à eux précède et est plus stable que tous les liens d’amitié que je pourrai avoir au cours de ma vie. « La famille, c’est pour la vie », dit-on à juste titre, ou encore : « À la fin, il ne reste que la famille ».

Tout commence par l’amour de soi et plus un être nous est proche, plus nous sommes naturellement portés à l’aimer et à lui faire du bien.

Parmi les membres de ma famille, je préfère naturellement mes enfants à mes parents. Les enfants sont plus proches de moi parce qu’ils sont comme une partie de moi-même. Je vais avoir plus d’affection pour eux et tendre à pourvoir à leurs besoins en priorité. À mes parents, je dois de l’honneur, car ils m’ont donné la vie comme Dieu m’a donné la vie. S’il arrive cependant qu’ils soient dans le besoin, j’ai le devoir de les assister aussi. Notons que saint Thomas ne prend pas le risque d’entrer dans la question tant redoutée de tout parent : « Dis maman, c’est qui ton préféré : mon frère ou moi ? »

Parce qu’il m’est plus proche, je préfère aussi naturellement mon conjoint à mes parents. Je ne fais qu’un avec lui : « Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (Mt 19,6). Ceci explique que l’homme est prêt à quitter son père et sa mère pour son épouse (Cf. Gn 2,24). Là encore, je dois de l’honneur et du respect à mes parents, mais mon affection est de fait plus grande pour mon conjoint. Voici donc l’ordre de l’amour parmi les prochains, les plus proches d’abord puis les autres : les enfants et le conjoint (saint Thomas ne prend pas non plus le risque d’établir une priorité entre les deux !), les parents, et seulement ensuite les amis, les concitoyens, les étrangers, etc.

Finalement, on pourrait dire que cette logique tient dans l’amour naturel que l’on se porte en priorité, lequel est soutenu par le commandement d’aimer son prochain comme soi-même. Tout commence par l’amour de soi et plus un être nous est proche, plus nous sommes naturellement portés à l’aimer et à lui faire du bien. La charité part de cet amour naturel qu’elle élève, c’est pourquoi l’ordre de la charité suit l’ordre de l’amour naturel.

Source : https://fr.aleteia.org/2025/02/21/dieu-le-prochain-ou-moi-meme-qui-dois-je-aimer-en-priorite