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Reconnaissance faciale, vidéosurveillance algorithmique : qu’est-ce qui est autorisé en France pour surveiller les manifestations ?

Publié par BFM TV le 19 octobre 2026

Après la manifestation du 17 octobre [2026], l’utilisation de l’intelligence artificielle pour surveiller les foules revient dans le débat. Frédéric Péchenard, ancien patron de la Police nationale, réclame davantage d’outils pour analyser les images en temps réel. Mais tout n’est pas si simple à mettre en place.

Des milliers de personnes dans les rues, des incidents au milieu du cortège et des images de vidéosurveillance à exploiter après coup. Avec plus de 2.000 interpellations au compteur et un ministre de l’Intérieur bien décidé à remonter la piste des pilleurs, les manifestations du 17 octobre ont ravivé la question de la surveillance des foules.

Au cœur du débat, la vidéosurveillance algorithmique (VSA), aussi appelée vidéosurveillance augmentée, qui repose sur des logiciels d’intelligence artificielle capables d’analyser les images des caméras.

« Sur Paris, vous avez des caméras de vidéoprotection un peu partout, mais nous n’avons pas le droit d’avoir de l’intelligence artificielle », déplore ainsi Frédéric Péchenard, le vice-président LR de la région Île-de-France, au micro de FranceInfo. « C’est-à-dire que les opérateurs qui regardent les caméras sont obligés de regarder toutes les caméras en même temps. »

Des tests avec Taylor Swift

L’ancien directeur général de la Police nationale défend des outils capables de signaler un incident à un opérateur, qui pourrait alors intervenir sans devoir surveiller simultanément des dizaines d’écrans.

Pour rappel, vidéosurveillance algorithmique et reconnaissance faciale ne désignent pas la même technologie. La première vise à identifier une personne à partir des caractéristiques de son visage, en les comparant à des données enregistrées dans une base de référence. En France, le traitement des données biométriques est en principe interdit par la CNIL, sauf exception prévue par le RGPD, qui liste plusieurs cas de figure. C’est le cas dans les aéroports par exemple.

De son côté, la vidéosurveillance algorithmique analyse les images, grâce à l’IA, pour détecter des événements prédéfinis, comme un mouvement de foule inhabituel ou un bagage abandonné, sans chercher à identifier les personnes filmées.

En mai 2024, des logiciels de vidéosurveillance algorithmique ont été testés en région parisienne, en marge des concerts de Taylor Swift. Le dispositif expérimenté dans deux stations devait notamment détecter des mouvements de foule inhabituels, des intrusions ou des bagages abandonnés. Il ne s’agissait donc pas de reconnaître les visages des fans, mais de repérer certaines situations prédéfinies. L’algorithme analysait des situations prédéfinies, sans identifier les personnes filmées. Des tests avaient également été organisés pour les concerts de Depeche Mode et Black Eyed Peas.

Quelques mois plus tard, la même technologie a été expérimentée lors des Jeux olympiques de Paris. Près de 500 caméras augmentées avaient ainsi été déployées dans la capitale et en proche banlieue. Là encore, la reconnaissance faciale était exclue du dispositif.

Dans le détail, la loi relative aux Jeux olympiques en date de mai 2023 vise les manifestations sportives, récréatives ou culturelles exposées à un risque terroriste ou d’atteinte grave à la sécurité, ainsi que les transports qui les desservent. Les cortèges syndicaux ou lycéens ne sont donc, théoriquement, pas concernés.

Une expérimentation jusqu’en 2030

Mais pour Frédéric Péchenard, cette technologie doit pouvoir être utilisée au-delà des grands événements sportifs. Selon le républicain, une partie de la mauvaise anticipation des affrontements du 17 octobre tient au cadre juridique qui encadre les moyens de surveillance des services de renseignement. « Le trou dans la raquette est, en partie, dans les difficultés juridiques qu’il y a pour les services de renseignements à procéder à des interceptions techniques », estime-t-il.

« On a besoin de ces caméras, et on a besoin d’IA pour voir ce qu’il se passe en temps réel. (…) Ça (les images d’actions violentes, NDLR) vient directement devant l’opérateur, qui peut réagir immédiatement », explique-t-il.

L’élu LR plaide pour la prolongation du dispositif. « Avec Les Républicains, nous avions demandé la continuation de cette expérimentation qui a été arrêtée, puis revotée pour les JO d’hiver. »

Depuis, la loi Ripost du 18 août 2026 a prolongé l’expérimentation de la vidéosurveillance par IA jusqu’à fin 2030. Le texte prévoit cette VSA pour « prévenir des risques d’actes de terrorisme ou d’atteintes graves à la sécurité des personnes ». Il étend la mesure aux « bâtiments ou lieux ouverts au public (…) particulièrement exposés » et à leurs abords. Le Conseil constitutionnel y a mis une limite, avec trois mois d’autorisation au plus, renouvelables, pour les sites menacés en permanence.

La liste des lieux et bâtiments doit encore être définie par le ministère de l’Intérieur. Mais l’étude d’impact associée à la loi cite quelques exemples, comme les monuments touristiques, des bâtiments institutionnels ou certaines gares ou aéroports.

Les lieux ont été élargis, de même que la durée », explique Fabio Gennari, cofondateur d’Orasio, une société spécialisée dans ce segment, auprès des Echos en juillet dernier [2026]. « On estime qu’il existe environ 100.000 caméras dans l’espace public. »

La résidence préfectorale de Bordeaux, vandalisée samedi, pourrait donc demain être rangée parmi les lieux exposés « en raison de circonstances exceptionnelles ». Cette autorisation ne permet toutefois pas de généraliser l’analyse algorithmique à tous les rassemblements et à toutes les manifestations, encore moins d’y ajouter automatiquement la reconnaissance faciale.

Ces différentes technologies commencent à se démocratiser dans d’autres pays. Au Royaume-Uni, la police utilise déjà la reconnaissance faciale en direct dans certaines opérations. Au Japon, les portiques biométriques permettent aux voyageurs d’accéder aux gares et de monter dans les trains sans contact ni billet papier, comme à la gare de Shinagawa à Tokyo. Les aéroports utilisent également ce programme pour « fluidifier l’embarquement » et les contrôles d’immigration. Le pays utilise la reconnaissance faciale lors de mouvements de foule uniquement si une enquête pour crime ou délit est déclenchée. L’IA permet alors d’identifier des suspects recherchés en comparant des images de caméras de surveillance.

Source : https://www.bfmtv.com/tech/cybersecurite/reconnaissance-faciale-videosurveillance-algorithmique-qu-est-ce-qui-est-autorise-en-france-pour-surveiller-les-manifestations_AV-202610190407.html