Un ancien collaborateur de Fauci plaide coupable d’avoir enfreint la législation fédérale sur l’accès aux documents public
Publié en anglais par Politico le 18 août 2026
David Morens, collaborateur de longue date de l’ancien responsable gouvernemental des maladies infectieuses Anthony Fauci, a plaidé coupable mardi [18 août 2026] de complot visant à contourner les lois fédérales sur l’accès aux documents publics, dans le cadre de communications relatives à des subventions de recherche sur le coronavirus.
Ce plaidoyer intervient trois semaines après que le sénateur Rick Scott (républicain de Floride) a interrogé Fauci de manière musclée sur ses relations avec Morens. Lors de l’audition au Sénat, Fauci avait refusé de répondre aux questions, invoquant son droit au cinquième amendement pour éviter de s’incriminer lui-même. Il y a deux ans, Fauci avait déclaré devant une commission de la Chambre des représentants chargée d’enquêter sur la réponse du pays à la pandémie de Covid que les agissements de Morens étaient « répréhensibles » et qu’il n’y avait pas pris part.
Morens, âgé de 78 ans, s’était vanté dans un e-mail de 2021 rendu public par la commission de la Chambre des représentants de savoir comment « faire disparaître des e-mails après avoir reçu une demande au titre de la loi FOIA » afin d’éviter leur divulgation en vertu de la loi fédérale sur la transparence administrative.
Il a plaidé coupable devant le tribunal fédéral de première instance de Greenbelt, dans le Maryland, dans le cadre d’un accord de plaidoyer conclu avec le ministère public, selon les dossiers judiciaires.
La juge fédérale de première instance Paula Xinis a fixé la prononciation de la peine au 12 novembre [2026]. M. Morens encourt une peine maximale de cinq ans de prison pour le chef d’accusation de complot, ainsi qu’une amende pouvant atteindre 250 000 dollars. Toutefois, la plupart des prévenus sont condamnés selon les lignes directrices fédérales qui prévoient généralement des peines bien inférieures au maximum, en particulier pour les délinquants primaires.
Les poursuites pénales découlant de tentatives visant à se soustraire à des demandes formulées en vertu de la loi sur la liberté d’information (FOIA) sont extrêmement rares.
Cependant, Morens et d’autres anciens hauts responsables des Instituts nationaux de la santé (NIH), dont Fauci, ont fait l’objet ces dernières années d’une surveillance étroite de la part des législateurs républicains et de groupes extérieurs concernant leurs décisions liées à la pandémie.
Les détracteurs des NIH se sont notamment intéressés à la manière dont les responsables de ces instituts ont géré l’hypothèse selon laquelle le virus aurait pu provenir d’un laboratoire chinois à Wuhan, en Chine, plutôt que d’avoir été transmis de l’animal à l’homme.
Le sénateur du Kentucky Rand Paul et d’autres républicains ont accusé Fauci d’avoir dissimulé une éventuelle fuite en laboratoire. Paul estime que les recherches sur le coronavirus menées au laboratoire de Wuhan, financées par l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (qui fait partie des NIH et que Fauci a dirigé pendant des décennies), sont probablement à l’origine de la pandémie.
Fauci rejette depuis longtemps ces accusations. En invoquant le cinquième amendement lors de sa comparution devant la commission de la sécurité intérieure et des affaires gouvernementales présidée par Paul le mois dernier, Fauci a déclaré qu’il pensait que Paul tentait de le piéger. La commission a ensuite voté, selon les clivages partisans, pour déclarer Fauci coupable d’outrage au Congrès, Paul faisant valoir que Fauci ne pouvait pas invoquer le cinquième amendement en raison de la grâce que le président Joe Biden lui avait accordée l’année dernière, couvrant tous ses actes officiels remontant à 2014.
Fauci n’est ni inculpé ni accusé d’actes répréhensibles dans l’affaire contre Morens et n’est pas cité nommément dans les documents judiciaires. Fauci a pris ses distances avec Morens lors de l’audition à la Chambre des représentants en 2024, affirmant qu’il n’avait pas travaillé en étroite collaboration avec lui. Morens avait été conseiller principal de Fauci.
Un exposé des faits que Morens a accepté dans le cadre de son accord de plaidoyer indique qu’il s’est consulté à plusieurs reprises en coulisses avec un chercheur externe, Peter Daszak, afin de préparer des notes d’information destinées à Fauci qui remettaient en cause les théories selon lesquelles la pandémie de coronavirus aurait émergé d’un laboratoire chinois ayant collaboré avec Daszak et son groupe de recherche, EcoHealth Alliance, dans le cadre d’une subvention financée par le NIAID.
Daszak n’est pas nommé dans les documents judiciaires, qui le désignent sous le nom de « co-conspirateur n° 1 », mais les dossiers rendus publics dans le cadre des enquêtes du Congrès sur les agissements de Morens confirment l’identité de Daszak.
Daszak n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire concernant le plaidoyer de culpabilité de Morens.
Les documents judiciaires font également référence à un deuxième complice non identifié, désigné dans les dossiers rendus publics par les législateurs sous le nom de Gerald Keusch, médecin et ancien directeur adjoint du laboratoire des maladies infectieuses de l’université de Boston. Ce dernier n’a pas immédiatement répondu mardi à une demande de commentaire.
Bien que les documents judiciaires décrivent Daszak et Keusch comme des complices, aucun d’entre eux n’a été inculpé d’un quelconque délit.
Selon l’exposé des faits approuvé par Morens et le parquet, Morens s’est entendu avec Keusch pour aider à rétablir la subvention accordée à EcoHealth Alliance après que le NIH l’eut suspendue en 2020, à la suite d’allégations selon lesquelles le Covid aurait été généré par l’Institut de virologie de Wuhan, qui menait des recherches sur les coronavirus grâce à cette subvention.
Anticipant que leurs communications feraient l’objet de demandes au titre de la loi sur la liberté d’information (Freedom of Information Act), Morens, Daszak et Keusch ont convenu par écrit de dissimuler leurs échanges en utilisant le compte Gmail personnel de Morens, plutôt que son compte de messagerie officiel des NIH, selon le dossier judiciaire.
Les trois hommes ont échangé des informations non publiques des NIH ; ont discuté de leurs efforts visant à influencer les NIH pour qu’ils financent à nouveau l’EcoHealth Alliance ; ont échangé des modifications apportées à des projets de lettres adressées à la direction des NIH pour le compte de l’EcoHealth Alliance et de Daszak ; et ont transmis des informations par « voie détournée » à une personne identifiée comme « haut responsable n° 1 du NIAID », selon l’exposé des faits. Cette personne était Fauci, d’après les documents rendus publics dans le cadre d’enquêtes du Congrès.
Républicains et démocrates ont vivement critiqué Morens lors d’une audition à la Chambre des représentants en mai 2024, affirmant que ses actions témoignaient d’un manque de respect envers le droit du public à l’information.
Le même mois, le ministère de la Santé et des Services sociaux a interdit à Daszak et à l’EcoHealth Alliance de recevoir des financements fédéraux pour ne pas s’être conformés aux règles destinées à superviser le travail des bénéficiaires de subventions.
M. Morens a également reconnu mardi [18 août 2026] avoir conspiré pour recevoir des gratifications illégales de la part de M. Daszak, notamment deux bouteilles de vin « The Prisoner Red Napa Valley », en échange de ce que M. Daszak a qualifié de « manigances en coulisses » de la part de M. Morens. L’exposé des faits de l’affaire indique que Daszak avait dit à Morens qu’il « pourrait » également être invité à dîner dans des restaurants étoilés au guide Michelin à New York, Washington et Paris, bien que les documents judiciaires ne précisent pas si ces repas ont effectivement eu lieu.
Dans le cadre de l’accord de plaidoyer, le parquet a accepté d’abandonner quatre autres chefs d’accusation de crime dont Morens faisait l’objet, regroupant ainsi les chefs d’entrave à la justice et de dissimulation de documents en un seul chef d’accusation de complot que Morens a reconnu.
« Le Dr Morens a assumé la responsabilité de ses actes et continuera à le faire », a déclaré son avocat, Timothy Belevetz, dans un communiqué envoyé par e-mail.
Source en anglais : https://www.politico.com/news/2026/08/18/anthony-fauci-david-morens-covid-ecohealth-01040979


