Corée du Sud : une entreprise veut éradiquer les cartes de crédit physiques du pays asiatique « d’ici trois ans » au profit de la reconnaissance faciale
Publié par BFM TV le 16 mai 2026
Une entreprise sud-coréenne spécialisée dans les technologies financières mise sur la généralisation du paiement par reconnaissance faciale, dans une société qui figure parmi les plus « sans espèces » au monde.
Six mois à peine après son lancement, Toss, une application de fintech utilisée par les deux tiers des 51 millions d’habitants de la Corée du Sud, revendique déjà 4,8 millions d’utilisateurs de son service de paiement par reconnaissance faciale « FacePay ». Des scanners faciaux ont été installés dans environ 330.000 points de vente, principalement des cafés, des restaurants et des supérettes. L’entreprise espère atteindre 10 millions d’utilisateurs et un million de points de vente d’ici la fin de l’année, rapporte le journal britannique Financial Times.
« Notre objectif est de faire disparaître les cartes de crédit physiques en Corée d’ici trois ans », a déclaré Junho Choi, responsable du développement de FacePay chez Toss.
Concrètement, ce service permet aux utilisateurs de payer au moyen d’un simple scan de leur visage, après s’être inscrit sur l’application Toss et avoir vérifié leur identité en renseignant une pièce d’identité officielle.
La reconnaissance faciale déjà utilisée pour des formalités administratives
Si en France, les distributeurs d’argent liquide disparaissent progressivement du paysage, la Corée du Sud est en pointe parmi les sociétés les plus « sans espèces » au monde, avec un usage très répandu des cartes bancaires et paiements à l’aide d’un smartphone. Les consommateurs sud-coréens sont aussi habitués à la biométrie, la reconnaissance faciale étant déjà utilisée pour les formalités administratives en matière d’immigration dans les aéroports, et pour accéder à certains lieux comme les stades de baseball ou les concerts de K-pop.
« Même sortir une carte de mon portefeuille est une corvée », a déclaré auprès du Financial Times Park Eun-ha, une développeuse de produits de beauté âgée de 31 ans qui utilise FacePay.
Kim Sang-hyeok, propriétaire d’un café à Séoul, estime qu’environ 10% de ses clients, « pour la plupart âgés de 25 à 35 ans », utilisent ce service. « Le principal avantage, c’est que nous n’avons pas besoin de personnel supplémentaire pour gérer les paiements ».
Selon les analystes, la Corée du Sud pourrait constituer un terrain propice pour tester cette technologie, car les consommateurs y sont généralement moins sensibles aux questions de confidentialité que sur les marchés occidentaux. Lee Jae-hoon, un développeur de jeux vidéo de 36 ans qui utilise FacePay pour acheter de l’eau dans des supérettes tout en courant, a déclaré que ses préoccupations en matière de confidentialité étaient comparables à celles liées à l’utilisation de cartes bancaires ou de mots de passe.
Toss a déclaré stocker les informations faciales et les données personnelles séparément sous forme cryptée et n’utiliser les deux qu’avec le consentement de l’utilisateur, précise le Financial Times. La Commission sud-coréenne de protection des informations personnelles a approuvé le service en 2024 pour une utilisation commerciale, estimant que ses méthodes de cryptage et son niveau de sécurité répondaient à ses normes.
Un moteur de recherche dominant en Corée du Sud se lance aussi dans le paiement par reconnaissance faciale
Vu l’engouement des sud-Coréens pour le paiement par reconnaissance faciale, Toss ne devrait pas tarder à voir émerger de nouveaux concurrents sur ce marché. Comme Naver, le moteur de recherche dominant en Corée du Sud, qui a lancé son propre service de paiement par reconnaissance faciale, mais à plus petite échelle.
« Les consommateurs apprécient la commodité de ce service, mais il existe encore des barrières psychologiques », a déclaré Jeon Jaeyeon, porte-parole de Naver Pay. « Ces barrières pourraient tomber à mesure que les gens se familiarisent avec cette technologie. »
Dès lors que FacePay sera généralisé en Corée du Sud, Toss aspire à développer ce service à l’étranger. Mais son adoption pourrait être plus lente dans les pays occidentaux comme les États-Unis ou en Europe, où les consommateurs sont plus prudents quant à l’utilisation de leurs données biométriques pour les paiements.


