Epidémie d’hantavirus : article de Me David Guyon du 11 mai 2026
Article de Me David Guyon du 11 mai 2026 – Source : site de Me Guyon
En cas de menace sanitaire grave, comme une épidémie de norovirus, l’Etat est en droit de restreindre un grand nombre de libertés fondamentales.
Ainsi, une maladie contagieuse peut juridiquement justifier un encadrement très fort par l’État, y compris un confinement général ou des mesures individuelles d’isolement et de quarantaine.
Cependant, qui contrôle, les critères permettant de décréter une telle menace, ainsi que les mesures pouvant être prises.
Ainsi, en droit français, l’État dispose d’abord d’un pouvoir de police sanitaire spéciale en cas de menace sanitaire grave.
Plus précisément l’article L. 3131-1 du Code de la santé publique permet au ministre chargé de la santé, en cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d’urgence, notamment en cas de menace d’épidémie, de prescrire des mesures destinées à prévenir et limiter les conséquences de cette menace.
Ces mesures doivent permettre d’empêcher la propagation du virus et justifier un confinement, un isolement ou une fermeture administrative.
Comme nous l’avions déjà indiqué, qui définit ce qu’est une menace sanitaire grave ?
Rappelons que ce texte a été créé pour les besoins de la cause, par la loi du 23 mars 2020. Bien que créé pour des circonstances exceptionnelles, ce texte a été pérennisé.
Face à une telle situation, le Conseil d’Etat rappelait qu’il n’était pas nécessaire d’assortir cette définition de critères précis, au risque de paralyser l’action des pouvoirs publics (Conseil d’Etat publié le 20 décembre 2020 Conseil d’Etat Avis n° N° 401741). Il s’agit donc d’un choix politique.
Alors quand arrive l’épidemie du nouveau virus HANTAVIRUS, nécessairement, l’avocat en libertés fondamentales que nous sommes, ne peut que s’inquiéter.
En effet, la crise sanitaire de la covid 19 a démontré que le triptyque habituelle, nécessité, utilité, et proportionnalité était très largement abandonné.
Il suffisait que la mesure fasse l’objet d’une validation médicale par une instance scientifique, ou que sa lisibilité soit en cause pour qu’elle soit validée par un juge. Pis encore un produit expérimental qui n’empêche ni la transmission du virus, ni la contamination a pu être rendu obligatoire.
Face à ce nouveau risque pandémique il convient de rappeler ce que le droit permet de faire.
Qu’est ce que l’épidémie d’HANTAVIRUS ?
Les hantavirus sont des virus présents dans plusieurs régions du monde. Santé publique France indique qu’ils sont principalement transmis à l’Homme par des rongeurs infectés et qu’ils peuvent provoquer des infections de gravité variable.
La contamination et la transmission se fait le plus souvent en respirant des poussières contaminées par l’urine, les selles ou la salive de rongeurs infectés. Le risque augmente dans des lieux fermés, poussiéreux ou infestés par des rongeurs, comme des caves, granges, abris, garages ou locaux agricoles.
Les symptômes peuvent commencer par de la fièvre, des douleurs musculaires, une fatigue importante, des maux de tête, parfois des troubles digestifs. Dans les formes graves, l’infection peut évoluer vers une atteinte des reins ou des voies respiratoires, comme les poumons.
On parle également de néphropathie épidémique. Il s’agit d’une forme de maladie rénale provoquée par certains hantavirus, notamment le virus Puumala, présent en Europe.
L’OMS a décrit, dans le foyer actuel lié au navire MV Hondius, des cas avec fièvre, symptômes gastro-intestinaux, puis progression rapide vers une pneumonie, une détresse respiratoire aiguë et un choc.
L’épidémie actuellement médiatisée concerne un foyer d’hantavirus lié à un navire de croisière dans l’Atlantique.
Ainsi, le CDC indique que ce foyer a été signalé le 2 mai 2026 et que le virus en cause est le virus Andes, une forme d’hantavirus pouvant provoquer un syndrome pulmonaire à hantavirus.
Pour rappel, Le CDC signifie Centers for Disease Control and Prevention, c’est-à-dire les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.
Le CDC est souvent cité comme source fiable lorsqu’une épidémie concerne les États-Unis, des voyageurs, des navires de croisière ou une maladie émergente. Ses informations servent notamment à identifier le virus en cause, évaluer le niveau de risque et recommander des mesures de protection.
En France, l’organisme comparable est Santé publique France, qui assure la surveillance épidémiologique, l’alerte sanitaire et l’information du public.
Comment se transmet l’hantavirus ?
L’hantavirus se transmet surtout à l’être humain par les rongeurs infectés. Ces rongeurs peuvent éliminer le virus dans leurs urines, leurs selles et leur salive.
La contamination humaine survient principalement lorsque vous respirez des poussières contaminées par ces déjections, par exemple dans une cave, une grange, un garage, un abri ou un local fermé infesté par des rongeurs. Santé publique France indique que la transmission se fait principalement par inhalation des excrétats de rongeurs infectés.
Contamination par Inhalation de poussières contaminées
Le mécanisme le plus classique est l’inhalation. Lorsque vous balayez à sec, secouez des objets, déplacez du bois, nettoyez un lieu poussiéreux ou remuez des matériaux souillés, des particules contenant le virus peuvent être mises en suspension dans l’air puis inhalées. L’ECDC précise que l’infection peut survenir lorsque des personnes respirent des particules issues de l’urine, des excréments ou de la salive de rongeurs infectés.
Contamination par Contact direct
La transmission peut aussi se faire par contact direct avec des rongeurs, leurs nids, leurs cadavres ou leurs déjections, surtout si vous portez ensuite vos mains à la bouche, au nez ou aux yeux. Le CDC indique que les personnes peuvent être infectées lorsqu’elles sont exposées à l’urine, aux déjections ou à la salive de rats ou de souris infectés. Une morsure ou une griffure de rongeur peut également transmettre le virus, mais ce mode est plus rare.
Chaînes de transmission
La chaîne de transmission habituelle est donc la suivante : un rongeur infecté contamine un lieu par ses urines, selles ou salive ; ces matières sèchent et se mélangent à la poussière ; une activité humaine remet ces poussières en suspension ; la personne les inhale et peut être infectée.
Ainsi, les activités à risque comprennent notamment le nettoyage de lieux fermés ou mal ventilés, les travaux agricoles, forestiers, le rangement de greniers ou l’occupation de logements infestés par des rongeurs.
Transmission entre humains
La transmission d’humain à humain est exceptionnelle. L’Institut Pasteur indique qu’elle est rare et qu’elle a été décrite pour l’hantavirus Andes, présent notamment en Argentine. Pour les hantavirus habituellement rencontrés en Europe, la transmission se fait surtout par les rongeurs et non par une chaîne humaine comparable à celle de la grippe ou du Covid-19.
Quelle est la particularité du hantavirus Ande ?
La particularité du virus Andes est qu’il fait partie des rares hantavirus, et surtout du seul type connu de façon documentée, à pouvoir se transmettre d’une personne à une autre dans certaines conditions.
Récemment un foyer a été signalé sur le navire de croisière MV Hondius, avec plusieurs cas de maladie respiratoire grave et des décès.
L’OMS a indiqué qu’un cluster de passagers présentant une atteinte respiratoire sévère avait été signalé le 2 mai 2026, et le CDC précise que le virus en cause est le virus Andes, une forme d’hantavirus pouvant provoquer un syndrome pulmonaire à hantavirus.
Ce virus inquiète aussi parce qu’il peut provoquer un syndrome pulmonaire à hantavirus, une maladie rare mais potentiellement mortelle qui touche les poumons. Le CDC rappelle que ce syndrome est une maladie sévère et parfois fatale.
Quel est le taux de létalité de l’hantavirus ?
Le taux de létalité de l’hantavirus dépend fortement du type d’hantavirus et de la forme clinique provoquée. Il ne faut donc pas donner un seul chiffre pour tous les hantavirus.
Pour les formes américaines responsables du syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus, le taux de létalité est élevé. L’OMS indique que ces formes peuvent atteindre jusqu’à 50 % de létalité. Le CDC mentionne aussi que le syndrome pulmonaire à hantavirus est rare mais souvent mortel, avec une létalité d’environ 36 %.
La fourchette de 30 à 40 % correspond surtout aux formes pulmonaires sévères, notamment celles observées en Amérique. Elle signifie que, parmi les personnes développant cette forme grave, environ 3 à 4 sur 10 peuvent décéder malgré la prise en charge médicale.
Le virus Andes, actuellement très surveillé, appartient à cette catégorie préoccupante, car il peut provoquer un syndrome pulmonaire sévère. Dans le foyer récent lié à un navire de croisière, l’OMS a rapporté 8 cas, dont 3 décès, soit un taux de mortalité observé de 38 % dans ce cluster précis.
Les risques de contamination restent faible pour la population générale, car l’hantavirus se transmet surtout par exposition aux rongeurs infectés, à leurs déjections ou à des poussières contaminées. La gravité est donc élevée lorsqu’une forme sévère survient, mais la probabilité d’être contaminé reste limitée en dehors des situations d’exposition.
Existe t’il un traitement spécifique pour l’hantavirus ?
A ce jour il n’existe pas, à ce jour, de traitement antiviral spécifique autorisé et reconnu comme remède contre l’infection à hantavirus. L’OMS indique qu’il n’existe ni traitement antiviral spécifique homologué, ni vaccin homologué contre l’hantavirus.
Ainsi la prise en charge repose donc sur des soins de soutien. Cela signifie que les médecins traitent les conséquences de l’infection : oxygène en cas d’atteinte respiratoire, surveillance en soins intensifs si nécessaire, perfusions, contrôle de la tension, prise en charge d’une insuffisance rénale ou respiratoire.
L’OMS précise que les soins visent surtout la surveillance clinique et la gestion des complications respiratoires, cardiaques et rénales.
Plus la maladie est repérée tôt, meilleures sont les chances de prise en charge efficace, surtout dans les formes sévères comme le syndrome cardio-pulmonaire à hantavirus. L’accès précoce aux soins intensifs peut améliorer l’évolution des patients lorsque l’état clinique l’exige.
En conclusion, il n’existe aucun remède, aucun vaccin officiel contre l’hantavirus.
Quels sont les foyers d’hantavirus en France ?
En France, les foyers habituels d’hantavirus ne sont pas liés au navire MV Hondius. Ils concernent surtout le quart nord-est du territoire, où circulent des hantavirus européens, notamment le virus Puumala, transmis par le campagnol roussâtre. L’INRS cite des zones de transmission plus actives comme le nord des Ardennes, l’Avesnois, le nord et le centre de l’Aisne, le sud de l’Oise, le Doubs et le Jura.
En France métropolitaine, ces foyers provoquent surtout une néphropathie épidémique, forme généralement moins grave que les syndromes pulmonaires observés avec certains hantavirus américains. Santé publique France indique que les données françaises sont suivies par le Centre national de référence des hantavirus et que des cas exposés en France hexagonale sont rapportés chaque année
Le foyer actuellement médiatisé est différent : il concerne le bâteau MV Hondius, où un cluster de cas d’hantavirus Andes a été détecté.
La France est concernée parce que des passagers français se trouvaient sur ce bateau ou ont été exposés lors des trajets de rapatriement. Le ministère français de la Santé a indiqué suivre la situation liée aux cas signalés à bord du MV Hondius. Des informations de presse récentes font état d’une passagère française testée positive après rapatriement et de cas contacts suivis en France.
Un cas contact n’est pas forcément une personne malade. C’est une personne ayant été exposée à un malade ou à une situation à risque, et qui doit donc être surveillée. Dans le contexte du MV Hondius, les autorités cherchent à briser les chaînes de transmission, notamment parce que le virus Andes a une particularité rare parmi les hantavirus : une transmission interhumaine est possible lors de contacts étroits.
Quelle est la période d’incubation de l’hantavirus ?
La période d’incubation de l’hantavirus correspond au délai entre l’exposition au virus et l’apparition des premiers symptômes. C’est pourquoi la détection des symptomes peut apparaitre plusieurs jours voire semaines après l’incubation.
Pour le virus Andes, les symptômes peuvent apparaître entre 4 et 42 jours après l’exposition, soit jusqu’à six semaines. Le CDC retient cette période de 4 à 42 jours pour le syndrome pulmonaire à hantavirus lié au virus Andes.
Cette durée explique pourquoi les personnes exposées peuvent être placées sous surveillance pendant plusieurs semaines, même lorsqu’elles ne présentent aucun symptôme au départ. Dans le contexte du foyer lié au navire MV Hondius, la période de suivi peut donc aller jusqu’à 42 jours.
Les premiers signes à surveiller sont surtout la fièvre, la fatigue importante, les douleurs musculaires, les maux de tête, les frissons, puis parfois des nausées, vomissements, diarrhées ou douleurs abdominales. Le virus Andes peut ensuite évoluer vers une atteinte respiratoire sévère.
Quel cadre juridique pour une épidémie d’hantavirus en France ?
Le cadre juridique varierait selon que l’on soit dans le cadre d’une épidémie ou pandémie. La difficulté est qu’il n’existe pas de définition légale.
Une pandémie est une épidémie qui s’étend à une très grande échelle, généralement sur plusieurs pays, continents ou dans le monde entier. Elle suppose une diffusion internationale importante et durable d’un agent infectieux. La Covid-19 est l’exemple récent le plus connu de pandémie.
Ainsi, il s’agit plutot d’une différence de degré que de nature.
En conséquence, c’est l’appréciation des autorités sanitaires (nationales et internationales) et l’état des connaissances scientifiques qui déterminent si la situation relève d’une épidémie ou d’une pandémie.
Ainsi l’article L.3131-1 du code de la santé publique permet d’habiliter le ministre et les préfets à prendre des mesures d’applications, comme des mesures de restrictions de circulations voire des mesures d’isolement.
Mieux encore, l’article L.3131-15 du code de la santé publique permet au Premier ministre d’« interdire aux personnes de sortir de leur domicile ». Sur ce fondement, il peut ordonner des mesures de quarantaine, édicter des fermetures administratives, réquisitionner des biens et des personnes.
La quarantaine doit reposer sur un dépistage virologique positif. La mesure ne peut pas dépasser 14 jours et peuvent être renouvelée dans la limite d’un mois. Les prolongations peuvent être soumises au juge judiciaire.
Quel risque pour nos libertés fondamentales ?
Même si le risque d’épidémie reste faible, l’absence de définition rend l’application de mesures restrictives de liberté disproportionnées possibles.
Surtout, la crise sanitaire a permis d’accoutumer la population aux restrictions de liberté, même lorsque celles ci ne sont pas justifiées et disproportionnées.
En outre, la propagande d’État via bfmtv pourra tout à fait préparer l’opinion public à accepter ces mesures au nom de la sécurité et de la santé sans que des critères objectifs soient identifiés.
Mieux de simples recommandations pourront devenir des obligations à force de répéter un message en boucle à la télévision et aux infos.
Notre société pourra se transformer en une société de contrôle, où des dépistages virologiques systématiques pourront être organisés. Le rétablissement d’un pass sanitaire sera possible pour règlementer les voyages, et les zones de circulation. L’émergence de l’IA et la collecte de données rendront les déplacements bien plus restrictifs qu’en 2021.
En effet le PASS JO, instauré durant les jeux olympiques avaient permis de collecter des données personnelles et de fixer par motif, les justificatifs à fournir pour accéder à certaines zones.
Enfin, les règles pourront évoluer au gré des besoins et des recommandations des autorités sanitaires. Le ministre de la santé pourra établir des protocoles sanitaires qui bien que non obligatoires s’imposeront en pratique en population infantile et générale.
Source : https://www.guyon-avocat.fr/covid-crise-sanitaire/epidemie-dhantavirus/


